Non Monsieur Macron, la France n’est pas un syndic de copropriété !

Billet écrit par Nafy-Nathalie

Publié à l’origine sur contrepoints le 13 mai 2018.

Publié aussi sur bavardages-inutiles.com

Dans une interview pour célébrer la première année de sa présidence, le Président Macron  expose son point de vue sur l’état du pays. Il indique notamment :

Le colonel Beltrame, il est mort parce que la France, ce sont des idées, des valeurs, quelque chose d’une guerre qui le dépasse. Les gens qui pensent que la France, c’est une espèce de syndic de copropriété où il faudrait défendre un modèle social qui ne sale plus, une République dont on ne connaît plus l’odeur et des principes qu’il fait bien d’évoquer parce qu’on s’est habitué à eux et qu’on invoque la tragédie dès qu’il faut réformer ceci ou cela, et qui pensent que, en quelque sorte, le summum de la lutte, c’est les 50 euros d’APL, ces gens-là ne savent pas ce que c’est que l’histoire de notre pays. L’histoire de notre pays, c’est une histoire d’absolu.

Je ne sais pas ce qu’est un « modèle social qui ne sale plus ». Ce que je sais par contre, c’est qu’actuellement le logement est au cœur des projets du gouvernement. La loi ELAN qui devrait permettre de réformer le droit de l’immobilier a été présentée au Conseil des ministres le 4 avril dernier et sera soumise pour une première lecture dans l’Hémicycle le 29 mai prochain.

LES FRANÇAIS SE COMPORTENT COMME S’ILS ÉTAIENT EN COPROPRIÉTÉ

L’idée de réformer en profondeur le logement est une idée a priori judicieuse. Espérons toutefois que les politiques auront la sagesse d’écouter les professionnels qui sont au cœur du métier, appliquent au quotidien les lois, ont les connaissances juridiques et l’expérience du terrain, et qui sont logiquement les plus capables de se prononcer sur les transformations à mener.

En effet, au moment où l’on comprend que la plus grande partie de la réforme du droit de la copropriété sera réalisée par ordonnance, difficile de ne pas être inquiet quand on découvre que le premier de tous les politiques, assez préoccupé du sujet pour faire de telles comparaisons avec le fonctionnement du pays, ne connait pas assez son dossier pour distinguer un syndic, d’un syndicat de copropriété et des copropriétaires, dans un propos qui a du a priori être préparé en amont.

En revanche, même s’il se trompe de mots, ce qui est vraiment plus que regrettable, et qu’il emploie une expression déjà utilisée par Nicolas Dupont-Aignan pendant la campagne présidentielle, ce qui ne l’est pas moins, Emmanuel Macron n’a pas totalement tort sur son constat.

Le sens de son propos, que je me permets de repréciser, est le suivant : les Français se comportent, dans leur relation avec le pays, comme lorsqu’ils sont en Assemblée Générale de copropriété dans leur relation avec le syndic ou les autres copropriétaires indiquant le fait qu’ils sont, par exemple, plus préoccupés de leurs problèmes personnels et de la couleur des boîtes aux lettres, lorsqu’ils pensent collectivité, que des travaux de ravalement qu’il est urgent d’entreprendre et donc de voter et financer.

Il est vrai, que parfois, certains copropriétaires peuvent  paralyser le fonctionnement d’un immeuble par leur inconséquence, comportement que l’on pourrait rapprocher des grèves actuelles, ou leur absentéisme ou abstentionnisme aux réunions qui ressemble assez fort à ce qui se passe lors des élections.

La loi SRU du 13 décembre 2000 avait déjà essayé de lutter contre cette tendance en diminuant les majorités de vote par lesquelles les résolutions pouvaient être adoptées lors des réunions de copropriété. Ainsi par exemple, la majorité absolue devenue majorité simple par le truchement de l’article 25.1. Elle avait aussi créé des délégations de pouvoir pour le conseil syndical de manière à lui permettre d’engager des dépenses en dehors de l’assemblée générale. Son apport était bienvenu mais pas assez poussé.

Aujourd’hui, le constat est toujours le même : les copropriétaires ne viennent pas ou peu aux réunions. Ils donnent leur pouvoir en blanc quand ils y pensent. Ces pouvoirs sont gérés par le conseil syndical qui décide finalement de tout pour tous. Quand les copropriétaires, qui ne sont pas au conseil syndical, interviennent directement dans les Assemblées Générales de copropriété, il n’est pas rare que ce soit pour évoquer des problématiques personnelles qui ne concernent pas la collectivité. Ils peuvent par contre se mobiliser quand le sujet est réellement d’importance et qu’un travail d’explication est fait en amont, par le syndic et le conseil syndical, même si le coût à engager est très élévé ou si les travaux ne les concernent pas directement personnellement.

Je précise que la France comprend environ 8,4 millions de logements en copropriété. Beaucoup de logements sont possédés par des couples, phénomène qui multiplie le nombre de copropriétaires. Si tous les Français ne sont pas copropriétaires, tous les copropriétaires sont par contre des électeurs.

PÉNALISER LA PROPRIÉTÉ PRIVÉE

Emmanuel Macron n’a jamais caché qu’il souhaitait une France mobile et que la propriété immobilière était un frein, selon lui, à cette ambition. Son programme avant la campagne présidentielle, les mesures qu’il a prises depuis son élection, vont sans surprise dans le même sens : pénaliser assez la propriété privée pour arriver à libérer les Français des contraintes géographiques. Nous savions donc ce qu’il pensait de la propriété. Nous savons maintenant ce qu’il pense des copropriétaires et des Français.

Si je laisse à notre Président Emmanuel Macron la responsabilité de ce qu’il pense, et de la manière dont il l’exprime publiquement, je ne peux pas m’empêcher de souligner que les gestionnaires de copropriété aiment leurs copropriétaires. La relation clientèle est en effet ressortie comme étant ce qu’ils préféraient dans leur métier dans une enquête réalisée par l’Association Nationale des Gestionnaires de Copropriété, association ayant pour vocation de regrouper les salariés de la copropriété afin de promouvoir leur métier.

Il ne viendrait jamais à l’idée d’un gestionnaire de copropriété de dénigrer de la même manière que le fait Emmanuel Macron, les personnes qui le font vivre parce que sans copropriétaires, il n’y aurait plus de cabinet de syndic. Un client satisfait est un client qui sera d’accord pour mieux payer une prestation qui permettra de mieux rémunérer le salarié de la copropriété. Un client satisfait est aussi un client qui aura un rapport agréable et pacifié avec son syndic, ce qui donnera des conditions de travail améliorées. Il s’agit d’un cercle vertueux que l’ANGC essaye de mettre en branle et qui pourrait s’appliquer également aux relations entre les Français et leurs politiques.

AUCUNE RÉACTION DES FRANÇAIS DEVANT CE DISCOURS

Le Président Macron, lui, ne semble pas hésiter à mépriser les Français de façon ostentatoire, que ce soit dans le propos du début de l’article ou encore lorsqu’il leur demande d’arrêter de « foutre le bordel » , les traite de « fainéants », de « rien » ou « d’illettrés » comme cela est rappelé ici. Le paradoxe amené par notre Président est amusant. Il n’y a en effet aucune gloire à tirer d’être parvenu à devenir le Premier d’un peuple qui mérite si peu de considération et pourtant, il semble être assez satisfait de son ascension.

Je relève aussi que le fait qu’il puisse tenir ce genre de discours sans que cela n’offusque grand monde. Cela pourrait être révélateur d’un niveau d’instruction général des Français si faible qu’il ne leur permettrait pas de comprendre le propos tenu. Il pourrait aussi mettre en avant la grande mollesse d’un peuple si désabusé qu’il se laisse malmener avec indifférence. Les prochaines élections seront intéressantes à observer.

Poussons un peu plus loin la comparaison puisque le Président Macron nous y autorise implicitement par son propos. Je ne reviens pas sur les règles de l’élection présidentielle. Je rappelle simplement que le syndic de copropriété présente chaque année son bilan aux copropriétaires et remet en jeu son mandat, devant eux, puisqu’il est élu par eux, comme les politiques finallement.

Un sondage récent nous apprend que 45% des Français sont satisfaits du bilan de la première année macronienne.

Une étude nouvelle de la FNAIM nous apprend que les copropriétaires sont satisfaits de leur syndic à 84% malgré toute la publicité négative qui en est faite dans les différents médias et un Président qui n’hésite pas à accoler dans une proximité immédiate le mot « espèce » à « syndic de copropriété », lui donnant implicitement et immédiatement une connotation négative sans que personne d’autre que des professionnels de la copropriété ne s’en offusque.

Syndic de copropriété est un métier noble. Il serait bon que l’on arrête de le dénigrer ou d’en dévoyer le sens à tout bout de champ.

Quand au métier de politicien, je laisse à chacun le soin de le juger.

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