Episode 2 – Qui sont les membres de l’ANGC ?

“Pour la première résolution vous devez élire un(e) président (e) de séance. Madame DONALD ok ? Pas de vote contre ? Pas d’abstention ? Si Madame RIRI ? Monsieur FIFI aussi ? Et vous madame LOULOU ? Entendu, c’est noté. La résolution est adopté​e.

Qui aurait cru que j’allais répéter cette phrase à de si nombreuses reprises quelques années après l’avoir entendue​ pour la première fois dans l’arène.

Un job d’étudiant pour dépanner, qu’ils avaient dit. Tu verras c’est sympa le boulot, on s’éclate – sans préciser que parfois on se fait éclater. Une première fois bien sanglante avec cris, vociférations, protestations, exaspérations, bref le pack découverte total. Après trois heures de joutes et un mandat reconduit avec quelques travaux au passage, la gestionnaire, simple secrétaire d’une soirée pour certains, punching-ball pour d’autres, de me demander le plus naturellement du monde : “ça t’a plu ?” ; et moi bêtement : “ben ouais”.

Premier véritable contact avec le monde merveilleux de la copropriété, je venais de plonger dans le trou, un aller simple pour le pays des merveilles où se côtoient à la fois la simplitude la plus innocente et la complixication-mauvaise-foi la plus inextricable.

J’étais foutu et j’allais adorer ça.

Round 1 – l’assistant

Là, ça commençait vraiment. Ce premier lundi, vers 8h50 pour moi, vers 9h20 pour mon gestionnaire, on lançait la saison avec son lot d’intempéries inédites qui allaient devenir quotidiennes. On attaque fort avec un dégât des eaux chez Mr DUBAS, inondé par Mr DUHAUT, et qui ne voit pas pourquoi il irait lui-même avertir son voisin ; après tout faut le comprendre, le pauvre homme n’est pas responsable, n’a rien demandé à personne – ou presque – et souhaite juste que son cauchemar s’arrête.

Pendant que monsieur DUBAS pleurait sous la pluie, la contredanse s’enchainait avec Madame PADESOU, qui avait égaré ses derniers appels de fonds et qui ne comprenait pas notre courrier de mise en demeure lui réclamant un peu d’argent.

Je faisais ensuite la connaissance de Monsieur GEÉ qui souhaitait faire le point sur son immeuble. Ne souhaitant parler qu’au gestionnaire en titre, il m’envoya vite valser tout en s’excusant comme le font les honnêtes gens toujours bien intentionnés​. Le temps de passer à l’accueil récupérer le chèque de monsieur CROQUANT, venu exprès pour l’occasion avec Madame CROQUANTE, puis de répondre à Madame JFEVIT que le gestionnaire répondrait bien aujourd’hui à son mail de la matinée, je ne vis pas passer ces dix premières minutes.

Tout s’enchaîna dans la même intensité et un an et demi après, fort de mon expérience passionnée, j’entamai l’ICH dans le but d’être à mon tour à la place de celui qui prend cher ; les honoraires le sont effectivement toujours trop. Que dire de cela si ce n’est que ce fut probablement un des meilleurs choix que j’ai pu faire. Oui, le CNAM, ça change la vie. Oui, le CNAM, c’est stimulant. Oui, le CNAM, c’est dur. Je gravis le mont Golgotha du cycle préparatoire, pensant avoir fait le plus dur ; il me restait encore à monter sur la croix de l’UV copro, cloué comme jamais. Ce ne sont pas seulement deux compagnons d’infortunes que j’avais, mais tout un amphi rempli de personnes surmotivées à l’idée de décrypter, article par article les codex de 65 et 67. Ô joie suprême que la validation de l’examen, résurrection d’une année de labeur qui allait me permettre de briguer le poste tant convoité !

Round 2 – Poor lonesome cowboy

Petite promotion interne à la remise des trophées annuels : proposition de gérer tout seul, comme un grand et sans roulettes, une dizaine d’immeubles. Quel bonheur ! Faut plus déconner…

Réunions avec CS et prépas convocs achevées, j’allais entrer moi aussi à mon tour seul dans l’arène​, chaud bouillant, prêt à affronter la faune sans savoir à quelle sauce je serai dévoré. Réminiscence des années passées au Conservatoire d’art dramatique, le trac prend place – relecture des comptes une dernière fois avant la grand messe. Une fois les rôles distribués ; président, scrutateurs et votre serviteur en secrétaire, la séance débute avec une ratification de travaux. Pas un mot dans la salle, rien, le calme plat, tout le monde est OK.  Cool – ça va passer crème. On passe ensuite aux comptes ; pareil. Le solde favorable me trace droit le chemin vers la victoire lorsque le ciel s’assombrit ; au loin tonne une porte qui ne veut pas s’ouvrir.

“Poussez la porte” hurle la standardiste, activant un peu plus le mode “je vais pas le louper le p’tit” de Monsieur JCONAITOU, ancien président du syndic (ndg : du conseil syndical bien sûr), qui déboule dans la salle avec un grand sourire rageux tout en demandant où en est l’ordre du jour. Je ne pouvais qu’admirer sa profonde joie lorsqu’on lui apprit qu’on allait justement valider les comptes….

Devant le triste spectacle offert pendant les interminables minutes qui suivirent, l’auteur ne peut que passer sous silence la conversation tenue pour conserver à la fois son calme et la neutralité totale dont il a fait preuve jusqu’à maintenant. Qui souhaiterait entendre l’histoire de la réparation​ de la fuite privative injustement imputée sur le compte de ce pauvre Monsieur JCONAITOU ? Qui voudrait l’écouter plusieurs minutes vanter la qualité de son artisan qui travaille tellement bien et pour si peu cher comparé aux suppôts du syndic ? Pourquoi évoquer la prime d’assurance qui a augmenté plus que l’indice et évidemment les honoraires du gars-là qui dépasse de 1.20 % l’inflation annuelle ?

Le vortex gonfle à vue d’œil, emportant d’abord les deux ou trois qui sont là parce qu’il le faut,

puis entraînant à son tour ceux qui ont décroché mais “comme il parle plus fort il doit avoir raison et puis c’est nos sous”. Quand on touche au portefeuille, ça peut vite décoller…

Qu’est-ce que je fous là ? Comme en vol au-dessus d’un nid de coucou, j’observe la scène plier peu à peu sous le poids de la mauvaise foi, l’air plombé par une odeur nauséabonde de bêtise. C’est à ce moment-là que le tout récent président de séance, étonnamment silencieux jusque-là, et voyant le compteur tourner, décide d’intervenir pour rappeler à son prédécesseur qu’il aurait pu parfaitement se joindre à lui lors de la vérification des comptes, comme il l’avait proposé à tous. Merci ! Une fois les dernières rafales tirées de part et d’autre, et tout ce petit monde calmé, on reprend le périple, pour finir par les approuver ces comptes, sans en modifier une seule ligne.

Le reste, hormis quelques justifications délicates sur deux trois trucs pas top – faut bien le reconnaître, fut mené tambour battant. Le président me secondant, ou le contraire je ne sais trop, les questions s’enchaînent plus sereinement. Le Pas-content de tout à l’heure, mouché et s’opposant à tout par principe, continue de grommeler dans son coin toute la soirée. Enfin la séance se termine. On rallume la salle, réveille Madame MICHOU, assoupie depuis la résolution concernant l’installation d’une nouvelle rampe dans l’escalier menant aux caves du bâtiment B, et on prend note de l’invitation de Mr NEO à son apéro de pendaison de crémaillère, jeune primo accédant qui n’a vraiment pas froid aux yeux ; respect.

Le décrassage de la prestation tout juste achevée anime le trajet nocturne du retour, bercé par les conversations parfois croustillantes et bien intelligibles dont seuls les usagers des derniers train ont le secret. Les approximations, balbutiements et non-dits tourbillonnent et viennent hanter l’esprit jusqu’à tard dans la nuit avant de laisser la place à un court repos nécessaire pour attaquer de nouvelles aventures dès le lendemain.

Round 3 – Winter is coming

Enchaînement d’AG pendant un an, le temps de se forger sa p’tite expérience pour affronter la cour. Combien de rendez-vous effectués aux aurores avec des copropriétaires sortant à peine de la douche (ou pas) alors que les retards de train m’ont déjà mis dans l’ambiance d’une journée folle ? Combien d’expertises sinistres à discuter de l’indemnité avec l’expert, véritable menuisier rabotant les devis de remise en état à tour de bras ? Combien d’immeubles en feu ? Aucun, je croise les doigts pour que ça continue.

Petit portefeuille grandit pour se voir offrir une vingtaine d’immeubles au bout d’un an, plus de trente l’année suivante. Fini l’assistant, place à Junior, doux surnom de l’entre-deux-vannes de la pause déjeuner. Une fois baptisé je découvris de nouvelles contrées, remplies de personnalités différentes et face auxquelles il allait bien falloir s’adapter, si possible. On a beau déployer des trésors de self-control digne de Jean-Claude VAN DAMME, il arrive parfois de vouloir tout envoyer balader : mails, standard, ligne directe, portable, fax, copro qui passait justement dans le coin, démarcheur qui veut nous présenter son nouveau revêtement étanche miracle, tout y passe.

En parlant de pétage de plomb, je tiens à rendre un hommage à mes collègues de bureau qui ont fait preuve d’une patience incroyable lors de mes conversations téléphoniques calibrées à un volume castafiorique maîtrisé par peu d’A380 au décollage.

La saison s’écoule et les réunions défilent. Le discours s’affûte et certaines phrases-clefs bien aiguisées tranchent court lors de situations auparavant inextricables. Fini le pied tendre angoissé de la première heure appréhendant d’affronter les durs de la feuille sélectionnée. Les difficultés changent, une nouvelle réforme visant à défendre l’habitat vient imposer d’autres explications douloureuses assorties des devis réglementaires et coûteux pour tenter d’atteindre une conformité sans cesse renouvelée ; pas de quoi avoir fière allure.

On referme les registres de PV de l’année, précieux grimoires attendant patiemment leur heure de colle annuelle, on archive les dossiers constitués et déterre le classement horizontal. La dernière assemblée, tenue il y a quelques jours, a sonné la fin d’une saison riche en émotions.

Epilogue – To be continued

Même si ce modeste, et si peu exagéré, témoignage de mes premiers pas dans le métier donne la part belle aux situations et échanges les plus consternants vécus par votre serviteur face à des gens un brin belliqueux, il ne faut pas oublier la surface immergée de l’iceberg, celle qui contient 99% des copropriétaires aimables, courtois, polis, ne tapant pas sur leur syndic à la première​ occasion, parce que c’est dans l’air du temps. Je les remercie tous pour les rapports que je peux avoir au quotidien et qui permettent d’avancer, tout simplement.

Et les autres ? Je les remercie également car ils font partie du croustillant quotidien du métier. Serait-ce aussi palpitant sans leurs bassesses les plus exquises et les plus inattendues ? Sûrement pas. Je dirais même que, hormis quelques irréductibles, la plupart des personnes violemment réfractaires à notre première collaboration, ont finalement fini par sortir de leur cocon de préjugés, pour devenir certains des interlocuteurs des plus aimables et investis qui soient.

Ainsi soient-ils.

JUNIOR

Episode 1 – Qui sont les membres de l’ANGC ?

H, Directrice de formation – formatrice en copropriété, et ancienne directrice copropriété, dans un grand groupe.

C’est presque le hasard qui m’a amenée à la copropriété.

Parcours pas très original, Fac de droit puis ICH, j’ai remplacé durant son congés maternité, une de mes camarades de cours. Elle était assistante copro…, si elle avait été en gestion loc, peut être que je n’aurai jamais connu ce joyeux monde de la copro !!!

Me voilà embarqué pour une petite année sur un poste d’assistante dans un cabinet familial. Et j’y ai pris goût !!

J’ai ensuite intégré en tant que gestionnaire, un groupe national en région parisienne. Et le moins que l’on puisse dire c’est que j’ai été lâchée dans le grand bain ! Portefeuille très varié sur des secteurs favorisés et d’autres clairement moins ! J’ai pu découvrir ainsi différents types de clientèle, et une grande variété de bâtiment, de l’ensemble immobilier pavillonnaire cossu, à l’immeuble plutôt trash de cité, en passant par les grands ensembles tout neufs.

Au bout de 5 ans, j’ai eu l’opportunité d’évoluer sur un poste de direction, ce qui m’a permis d’appréhender encore de nouvelles disciplines, comme la coordination d’équipe et l’aspect financier dans le fonctionnement du service.

Ce qui m’a le plus séduit dans le métier, c’est la partie technique. J’ai découvert, comme la plupart d’entre nous, beaucoup de chose sur le tas : les différentes pathologies du bâtiment ou encore le fonctionnement des équipements de l’immeuble. Et c’est très stimulant de découvrir, constamment, de nouvelles choses.

Le moins que l’on puisse dire c’est qu’en copropriété on ne s’ennuie jamais. Dans ce métier c’est vraiment l’aspect pluridisciplinaire qui est intéressant, et qui en fait un métier très riche, ainsi on aborde le juridique, la technique, la comptabilité, la fiscalité, le commercial, le relationnel, l’interaction avec les différents métiers de l’immobilier, avec les fournisseurs, avocats, notaires, etc …

C’est certain le point noir de la profession restera toujours le contact client, ils veulent tout et son contraire et toujours pour avant-hier !

C’est fréquemment usant, souvent amusant, trop rarement gratifiant ! En copro, on est les rois de l’autosatisfaction, sinon on n’avance pas !

Après 10 années de bons et loyaux services, j’ai quitté l’administration de bien, pour la formation. Choix familial, la formation me permet aujourd’hui de me libérer des contraintes horaires des AG !

J’aime transmettre ma passion du métier aux novices, j’essaie de leur donner de la méthodologie et des bases juridiques solides afin qu’il se lancent « armés » dans ce métier tout aussi rude qu’il est passionnant.

J’interviens, également, en formation continue en agence, cela me permet de rappeler les fondamentaux, de décortiquer la jurisprudence afin de mettre à jour les connaissances, les échanges sont riches et variés, et cela me permet de garder contact avec le terrain.

J’aimerai que notre métier évolue vers plus de considération du gestionnaire et moins de défiance de la clientèle.  Non ! nous ne sommes pas là pour les dépouiller de quelques valeureux euros …

Je suis agacé de voir que la commission de contrôle prévue par ALUR soit très éloignée du texte d’origine, déçue de voir que les syndicats immobiliers soient si peu dynamique pour défendre les intérêts de la profession, je suis irritée de voir les médias et politiques, en méconnaissance totale de la réalité de notre profession, être très critiques et extrêmement négatifs à notre égard, ils ne voient pas les heures d’investissements des gestio, leur professionnalisme pour la grande majorité … Résument bien vite des situations anecdotiques et posent des généralités de cas particuliers, cela laisse un gout amer.

Et au final, posez la question autour de vous, personne ne sait réellement ce que fait un Syndic … C’est amusant quelque part !

J’espère que l’ANGC permettra de faire bouger les choses, en tout cas, j’y crois fermement !

Allons à la rencontre des politiques, défendons nous, …

Par chance pour exercer notre métier, il faut généralement un caractère bien trempé et, être comme on dit un peu « fort en gueule », on devrait donc bien arriver à se faire entendre non ?